Face à la toile et au monde, l'artiste a à faire des choix.

Les derniers siècles n'ont eu de cesse d'exacerber l'art engagé, illustrant le si beau mot de Camus lors du discours de Stockholm en 1957 à la remise de son prix Nobel : " [l'écrivain]n'est pas aux services de ceux qui font l'histoire mais au service de ceux qui la subissent". Profession de foi que l'on pourrait généraliser à toutes les pratiques artistiques, du Radeau de la méduse de Géricault au Jeune mendiant de Murillo pour ce qui concerne la peinture.

Mais après avoir tenté de toucher le coeur des décideurs et des puissants par les sujets pathétiques de la réalité, peut-on considérer que l'art a atteint son but : défendre les faibles et la fragilité humaine ? Les auditeurs émus de tout temps par les discours de Victor Hugo sur les miséreux vous diraient que oui, et plus encore ceux peut-être touchés par les pages des _Misérables_ ? De même pour un Zola qui va consacrer une grande partie de son oeuvre à faire connaître les réalités humaines du peuple en exhortant indirectement les politiques à créer services sociaux et services publiques. Ceux-là même que l'après -guerre a mis en place, ceux -là même que l'ultra-consumérisme financier (ce que d'aucun appelle ultra-libéralisme mais ce serait confondre la liberté universelle avec l'égoïsme de certains) actuel conspue et, honteusement, démantèle... 

Mais si le XXI°S de certains anéantis les efforts humanistes des siècles passés, que doit faire, peut faire l'image artistique ? 

Peut-être qu'il est temps que l'artiste se fasse reconnaître voyant et qu'il prenne sa place dans la sphère politique ? Vaste programme qui ne se déclare pas sans frémir. Comment la sensibilité de l'artiste, son idéalisme et sans doute sa naïveté parfois, pourrait-elle affronter les retors méandres d'une mécanique politique globalement vouée à la pulsion de mort ? Les exemples ne manquent pas pourtant : en Islande, pays qui a su s'opposer citoyennement à la malversation mondiale de la crise des Subprimes** de 2008, des poètes, des peintres ont participé à la réécriture d'une constitution post-finance... La finance a contre-attaqué mais la société civile et artistique n'a pas dit non plus son dernier mot. Le silence de nos médias d'Europe de l'Ouest à ce sujet est bien criminel, d'ailleurs... ***

Au XXI°S, faut-il donc représenter la souffrance morale et la douleur physique humaine ? Tant de siècles l'ont fait et voilà où en est le politique voire l'empathie zéro d'un grand nombre de contemporains ! L'artiste du XXI°S au lieu de dénoncer, ne doit-il pas plutôt proposer des solutions ? Offrir enfin au monde l'originalité de sa réflexion qui associe autant la logique et la rigueur du cerveau droit que l'intuition et l'universalité du cerveau gauche ? *

Dès lors, faut-il représenter les sujets pathétiques du XXI°S ? 

Si l'on considére l'art comme message seul, on a bien vu que cela fonctionne peu. Sinon, après Zola et Hugo, comment peut-on encore avoir des personnes abandonnées dans les rues de nos jours ! Quelque chose de l'engagement du passé n'est pas parvenu aux décideurs et à bien des citoyens d'aujourd'hui, pourtant dans ma génération -puisque c'est celle du Président officiel - tous nous avons eu accès à la culture et à l'école, voire aux études supérieures... Sans doute aura-t-on fait beaucoup trop dans le mental et l'intellectuel, et pas assez conforté le coeur et l'empathie ? 

Peut-on donc essayer une autre stratégie à la création artistique, une autre mission ? Il ne faut sans doute pas d'ailleurs assigner à l'art, comme à tout autre chose, qu'une seule fonction ou direction. 

C'est sans doute ce que propose le mouvement pictural, notamment espagnol, de l'Art Quantique. L'idée n'est pas nouvelle puisque les Aborigènes d'Australie défendent depuis des millénaires l'idée d'une création artistique productrice d'énergie vitale non pas pour un seul peignant son égo ou ses gouffres mais bien pour toute une communauté chantant, peignant - y compris sur corps- et dansant tout en même temps. Cette célébration autant spirituelle qu' artistique génère une dopamine de groupe ( au sens stricte, hormonale) qui a sans doute amener les Sages de cette civilisation à y voir une énergie porteuse de vie universelle...

Sur la même idée qu'une création en train de se faire serait porteuse d'énergie positive, le mouvement de l'Art Quantique transforme le moment créatif, l'artiste en création et l'oeuvre produite en une sorte de catalyseur spirituel. La catharsis universelle peut alors s'oppérer et l'art vient à réparer, sans doute par à-coups ("quantique" ne veut pas dire "magie immédiate"), le symbole humain voire mammifère voire du Vivant ... cassé. Dans cette optique énergétique, la création artistique deviendrait alors une sorte de médecine de l'inconscient collectif... Et l'oeuvre une espèce d'artefact (objet magique spirituel). 

On sait quelle critique les tenants du matérialisme et du concret pourraient apporter mais les révélations du CERN et les dernières études en mécanique quantique et en magnétisme du vivant laissent tout de même songeur... 

Je ne prétends pas maîtriser le sujet et cet article somme-toute un peu confus, comme l'est encore ma réflexion, ne souhaite que poser des questions sans pour autant fournir des réponses. A chacun de suivre son intuition. 

La mienne me dit que les énergies créatives n'ont pas dit leur dernier mot... D'où la série quantique en cours avec  _Guérison du féminin_ et _ Hommage aux guerriers de la douleur_. En espérant que ces oeuvres participent à une exorcisation spirituelle sans dogme et à une cicatrisation de nos blessures communes et individuelles... 

 

hommage aux guerriers

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* voir à ce sujet le très bon documentaire _Innsaei_ sur Netflix, de Hrund Gunnsteinsdottir et Kristín Ólafsdóttir. 

** Voir à ce sujet les films _Le casse du siècle_ et _Margin Call_

*** Voir l'article du Monde diplomatique : Médias français : qui possède quoi, le constat est effrayant : https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA